Saint-Jean, Terre-Neuve, 14-18 octobre 1992

Ce compte rendu de Benoît Melançon a d'abord paru, sous une forme légèrement différente, dans le dixième

Bulletin de l'Association interdisciplinaire de recherche sur l'épistolaire (Paris), décembre 1992, p. 18-19

© Benoît Melançon, 1992

Congrès annuel de la Société canadienne d'étude du dix-huitième siècle
«La rencontre de deux mondes : découvertes, discours & redécouvertes au XVIIIe siècle»
Saint-Jean, Terre-Neuve, 14-18 octobre 1992

Plusieurs communications présentées dans le cadre du XIXe congrès de la Société canadienne d'étude du dix-huitième siècle (section francophone) avaient l'épistolaire pour sujet, qu'il s'agisse de correspondances familières, de romans épistolaires ou de lettres de nouvelles. Laurent Lavoie (University College of Cape Breton) s'est intéressé à la «charte d'amitié», à «l'amitié à trois» et à l'osmose de l'amour et de l'amitié qui se donnent à lire dans les lettres de Jean-Jacques Rousseau à ses amis entre 1757 et 1766. Benoît Melançon (Université de Montréal) a livré quelques remarques préliminaires sur la correspondance canadienne (1756-1760) de Louis-Antoine de Bougainville, en vue d'une éventuelle édition de cet ensemble estimé à plus de 400 lettres (178 écrites par Bougainville et 217 reçues par lui), mais dont les autographes sont presque tous introuvables pour l'instant. Sigyn Minier (University of Montana) a montré comment un roman épistolaire d'Isabelle de Charrière paru en 1784, Lettres de Mistriss Hensley, publiées par son amie Mme C*** de Z***, était une «réponse» à une lettre écrite par James Boswell à la future romancière vingt ans auparavant. Marie-France Silver (Université York) s'est penchée sur la réception d'Adèle de Senange, ou Lettres de Lord Sydenham (1794) de la comtesse de Flahaut; ce roman, qui a été un succès commercial et critique (il était apprécié par Isabelle de Charrière, Marie-Joseph Chénier et Sainte-Beuve), a influencé madame de Staël (Delphine), Sophie Cottin (Claire d'Albe) et madame de Genlis (les Voeux téméraires ou l'Enthousiasme). Alex Sokalski (University of Saskatchewan) a rappelé les circonstances dans lesquelles Anne Marguerite Petit du Noyer a inséré l'«Histoire de la vie de l'abbé de Bucquoy», avec la «pièce de résistance» qu'est le récit de son évasion de la Bastille, dans ses Lettres historiques et galantes de deux dames de condition (1704-1790). Pour sa part, Magdy Gabriel Badir (University of Alberta) a comparé les Lettres galantes et philosophiques par Mlle de *** (1721) de Rémond de Saint-Mard aux Lettres galantes du chevalier d'Her*** (1683) de Fontenelle. On peut enfin noter que trois communications ont été consacrées à des auteurs de textes épistolaires, mais pour des oeuvres autres que ces textes : deux ont porté sur madame de Graffigny en tant que nouvelliste (David W. Smith, University of Toronto) et dramaturge (Vera Grayson, University of Toronto), et une sur Gallopolis, cité utopique rêvée par le marquis de Lezay-Marnésia, l'auteur en 1800 des Lettres écrites des rives de l'Ohio (Roland Bonnel, Dalhousie University). Une telle richesse de thèmes et d'approches augure bien pour le colloque sur «La lettre au XVIIIe siècle et ses avatars» qu'accueillera l'Université York de Toronto, sous la direction de Georges-L. Bérubé et de Marie-France Silver, au printemps de 1993.

Benoît Melançon